« Ma mère m’a sorti de l’enfer de la drogue synthétique »

Nilesh (prénom fictif) se sentait mal-aimé et frustré, il est tombé dans le piège de la drogue synthétique mais grâce à sa mère, il a pu s’en sortir. Parce que parfois, il suffit d’un peu de volonté et d’amour pour qu’un jeune arrête de se faire du tort.

Chaque cas est différent. Certains jeunes disent prendre de la drogue juste comme ça, par soif d’aventure, par amour pour le nisa, puis ils tombent dedans, et deviennent accrocs. Chez d’autres, il suffit de fouiller un peu pour voir que cette recherche de nisa cache un manque ou une frustration. En 2015, Nilesh (prénom fictif) a tout pour être heureux. Il vient d’une famille aisée, papa a un bon travail, maman est femme au foyer et prend soin de la famille, le grand frère est ingénieur.  C’est justement ça le problème ; tout semble parfait, sauf pour lui.

 « Mon grand frère est un fils modèle, parfait. Il a toujours été obéissant, il a été classé après les lauréats et avait obtenu une bourse de l’état. A chaque fois on me comparait à lui. J’essayais mais je ne pouvais pas être comme lui. Et mon père me le reprochait. Moi, je n’étais pas très doué en études, je n’étais pas très discipliné. Je me débrouillais mais ce n’était pas comme mon frère. »

Lui, est un élève ‘average’. Lui, sent que ses parents ne l’aiment pas, qu’il ne sera jamais à la hauteur. D’ailleurs, avec ses amis, il fume, il boit, il consomme du cannabis. Son père le traite déjà de voyou.

« Depuis le début, j’étais fautif, je le sais. J’ai toujours senti que j’étais mieux lorsque j’étais avec mes amis, qu’on ne me comprenait pas à la maison. Et cela énervait mon père, il me disait que mes fréquentations n’étaient pas bonnes, ki mo enn voyou, enn nimport, que je faisais honte à la famille. Plus il me reprochait, plus cela me poussait à me ‘rebeller’.»

Voilà un peu comment il devient proie aux tentacules de la drogue synthétique. Parce qu’on le traite déjà de voyou, parce qu’il se sent perdu et frustré mais aussi parce qu’il n’arrive pas à se procurer de cannabis :

« Je n’avais pas d’argent pour acheter du gandia. Je suis allé à une fête, une bande essayait du black mamba. Zot ine dir moi vinn fim enn coup. Mo pann reflesi, monn riss enn coup. »

Une bouffée suffit. Vertiges, nausée, palpitations. C’est effrayant mais plaisant. Une deuxième, une troisième bouffée et il ne voit plus clair et hallucine.

« J’ai perdu connaissance pendant un bref instant. Les palpitations et tremblements ont continué des heures après la première bouffée. Ce n’était pas du tout comme la gandia. Le gandia me calmait mais là c’était complètement le contraire. Mais il y avait le sentiment d’avoir frôlé l’interdit. Le lendemain, un ami m’a demandé si je voulais réessayer, j’ai dit oui.  J’aimais l’interdit et je me disais que je n’avais rien à perdre. J’ai continué pendant des mois. »

Encore du black mamba, du bat dan latet, des drogues synthétiques dont il ne connait même pas le nom ou la composition… Il va tout essayer. Parfois, il reste sans connaissance pendant des heures, d’autres fois, il devient violent :

« Une fois je suis rentré chez moi et je me suis mis à crier. Mon père m’a demandé d’arrêter car les voisins allaient m’entendre. Cela m’a mis hors de moi. A chaque fois, il se souciait de ce que pensaient les autres. Je me suis mis à briser des choses. Mon père m’a dit que je pouvais quitter la maison pour ne plus jamais revenir. »

Sa mère le retient. Cette femme au foyer autrefois tranquille et vivant sous l’ombre de son mari décide de soutenir son fils. D’une petite voix, elle s’est confiée à moi :

« Depuis des mois je voyais que mon fils avait changé. Il était devenu maigre, son comportement était bizarre. Le lendemain de l’incident, on s’est parlé. J’ai décidé de l’emmener chez un psychiatre. Mon mari était contre. Li dir trop tard, rien ne pouvait sauver notre fils. Et puis, il avait peur qu’on l’envoie au Brown Sequard. Il avait peur du déshonneur. Moi aussi j’avais peur du déshonneur, mais la vie de mon fils importait plus. »

En cachette, sans que son mari le sache, elle emmène son fils chez un psychiatre. Nilesh y va un peu à contrecœur mais il le fait pour ne pas déplaire à maman. Dur dur pour une mère d’emmener son fils chez un psychiatre pour un problème de drogue. ‘Ai-je mal fait quelque chose ?’, ‘Est-ce de ma faute ?’ ‘Pourquoi mon enfant ?’… Tant de questions qui se bousculent dans sa tête.

« C’est difficile pour un parent. Le psychiatre lui a prescrit des calmants pour diminuer l’agitation et l’insomnie mais il m’a dit que mon fils manquait confiance en lui. Qu’il semblerait qu’il allait mal psychologiquement depuis avant. »

Tous les jours, elle fait prendre des médicaments à son fils, elle lui parle, elle lui dit qu’elle  l’aime, elle l’emmène dans les sessions de prière… Elle confrontera aussi son mari.

« C’est incroyable. On croit toujours que la drogue touche une certaine catégorie de gens. On se dit que ce genre de chose arrive aux autres. Mais voilà, mon fils allait mal et il fallait que je prenne mes responsabilités. Je ne sais pas grand-chose à propos de la drogue synthétique mais je sais qu’elle est mortelle. Le psy m’a expliqué qu’il fallait absolument que je soutienne mon fils. Et j’ai tout fait pour le soutenir. »

Il suit une thérapie. De longues conversations ont lieu entre mère et fils. Elle, pleure et partage ses inquiétudes. Lui, parle de sa frustration. Elle réalise qu’elle aurait dû le défendre et l’encourager plus tôt. Lui, en voyant pleurer maman réalise enfin la gravité de ses actes :

« J’étais stupide. Oui j’étais frustré, je voulais m’évader mais je me faisais du tort et je faisais du tort aux autres. Et finalement, ce n’était pas si difficile que ça d’arrêter. J’ai dû changer de fréquentations, il y avait des moments de doute… Mais pour une fois, je sentais que maman m’aimait, tel que je suis. Même mon père est venu m’encourager, me dire que le plus important était que je sois en vie et heureux. Je sais qu’il avait été envoyé par ma mère, monn trouv mo mama pe louker depi derier rideaux (rires) mais cela a quand même fait plaisir. »

On parle de la peine de mort pour les trafiquants de drogue. Utiliser la peur pour lutter contre la drogue ? Et si on prônait aussi l’amour, le soutien et l’encadrement ? Certains diront que c’est cliché, ringard, que les choses ne sont pas si simples que ça. Oui, nous sommes d’accord. Et si on essayait de créer un monde dans lequel chacun se sentirait tellement comblé qu’il n’aurait besoin d’aucun ‘nisa’ pour vivre ?

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