« Femme de toxicomane, j’ai su travailler dur et garder la tête haute » | Objectif Santé

« Femme de toxicomane, j’ai su travailler dur et garder la tête haute »

Pour la journée de la femme, nous n’interrogeons pas une politicienne ou une femme d’affaires. Nous donnons la parole à une femme ordinaire qui a côtoyé la misère et a appris à se battre. Elle s’appelle Marie Claude et pendant une vingtaine d’années son mari a connu l’enfer de la drogue. Marie Claude a travaillé à l’usine puis dans un restaurant, et a fait de ses 4 enfants des citoyens épanouis et responsables.

« Femme de toxicomane, j’ai su travailler dur et garder la tête haute »

Le parcours a été long. A 16 ans, Marie Claude est naïve ; elle a grandi sans son père, sa mère est dure ; Marie Claude subit parfois des coups et injures. Elle se dit que le mariage sera son répit, elle s’attend à ce que tout soit beau, tout soit rose. Elle aime un garçon ; elle sait vaguement qu’il est toxicomane mais il promet de changer. Elle le croit. A 16 ans, elle se marie.

Ils habitent à Chebel, son mari travaille sur la propriété sucrière et ils arrivent à joindre les deux bouts. Il est attentif, il travaille dur, il n’est jamais violent. Mais l’attrait de la drogue est trop fort ; il y succombe à chaque fois. 5 ou 6 années passent et les jours se ressemblent. Elles sont teintées d’espoir et de déceptions. Mais le plus difficile reste à venir. Lorsqu’elle est enceinte de leur troisième enfant, son mari est arrêté et écope d’une peine de 5 ans.

Evidemment, lorsque qu'il va en prison, elle est contrainte d’habiter chez sa mère. Oui, il a toujours quelques reproches mais là, Marie Claude a compris, les gens ont leurs forces et leurs faiblesses. La vie est difficile ; il y a des hauts et des bas. Mais c’est à elle d’avancer ; avec bravoure et amour. De ne pas sombrer dans la négativité. Cet homme qu’est son mari, elle l’avait choisi. Cet homme est aussi un père affectueux et ses enfants l’aiment. Elle ne lui en veut pas, elle emmène les enfants le voir en prison, elle lui dit qu’il peut compter sur son soutien.

Parce que le mari n’est plus là, elle travaille après la naissance de son troisième enfant. Elle gagne environ Rs. 65 par jour à l’usine. Travailler à l’usine dès 7 heures puis renter chez soi, s’occuper d’un bébé et de deux autres enfants ; toute seule. Aller voir son mari en prison, ne pas lui reprocher son absencen ni le fait qu'il était toxicomane, au contraire l’encourager. Se dire que tôt ou tard ces encouragements vont payer.

Joindre les deux bouts avec un petit salaire. Parfois se priver mais veiller à ce que les enfants ne manquent de rien :

« Moi je peux mettre la même paire de savates pendant des années, ce n’est pas grave. Le plus important, c’était de m’occuper de mes enfants et de leur offrir une bonne éducation. »

A chaque fois qu’elle a son salaire, elle met une petite somme de côté. Oui, elle attend son mari, elle sera là lorsqu’il reviendra mais elle apprend à se débrouiller seule. Seule, elle va aider son troisième enfant à faire ses premiers pas. Seule, elle prendra toutes les grandes décisions. Oui, les enfants savent que papa est en prison et seule elle apprend à trouver les bons mots pour les réconforter. Elle leur enseigne l’amour, la persévérance et l’honnêteté. Oui, son cœur se brise un peu lorsque pour Noël elle n’arrive pas à leur acheter des cadeaux mais ils comprennent, ils se contentent de ce qu’ils ont.

Le mari sort de prison. Il demande pardon, elle pardonne. Il fait de son mieux, ils vont dans des centres de désintoxication, il se réfugie dans la prière. Pendant un bon moment il arrive à tenir le coup ; ils ont même un quatrième enfant. Mais il fera une énième rechute. Les efforts et rechutes se succèdent à nouveau. Il ira en prison à nouveau pour quelques mois. Marie Claude travaille dans un restaurant mais est contrainte d’arrêter à cause du mauvais traitement de la part de la patronne. Ce n’est pas grave, elle avance : sans amertume.

Elle trouve du travail au Domaine les Pailles. Elle travaille au restaurant pendant 4 ans. Elle est entourée de 25 serveurs et cuisiniers ; ils l’apprécient et la respectent tous :

« Oui, ils étaient tous des hommes et presque tous des hindous mais ils me soutenaient beaucoup. Le plus important, c’est savoir se faire respecter. Il y a déjà eu des hommes qui m’ont dit des choses comme ‘ayo madam si ou divorcer ou fer mwa koner’ mais j’ai refusé ces avances. J’étais là pour travailler, pas pour me trouver un mari. Je voyais chaque homme comme un père ou un frère. Après avoir travaillé pendant 8 mois j’ai reçu le titre de la meilleure employée. »

Elle travaille en gardant la tête haute. Elle ne cherche pas la facilité, elle ne cherche pas d’échappatoire. Mais parfois, être brave, c’est aussi accepter ses faiblesses. Accepter la souffrance courageusement. Parce qu’être une femme forte ne signifie pas toujours être la dame de fer invincible. C’est accepter de tomber pour ensuite se relever. C’est aussi mettre sa fierté de côté et faire part de sa souffrance :

« Je me souviens d’une session de prière à Coromandel. Nous faisions une tournée de table et chaque personne devait s’exprimer. J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai tout raconté en pleurant. J’étais petite parmi ces gens-là ; ils étaient tous plus aisés, avaient des postes importants, mais ils m’ont écouté et m’ont soutenu. Ils m’ont beaucoup aidée par la suite. »

On ne la voit pas comme une femme pauvre ou l’épouse d’un toxicomane ou d'un  ex prisonnier. On la voit comme une femme courageuse et humble qui, malgré la difficulté, n’est jamais devenue amère. Une femme qui avance la tête haute et ne fait pas mal à l’autrui :

« Oui ma vie n’a pas été facile mais j’ai toujours pu compter sur le soutien des autres ; proches ou étrangers. Ma belle-famille m’a soutenue, ma maman, malgré ses défauts, était là pour moi, les gens de l’endroit m’aidaient, au Domaine les Pailles, le manager, Madame Karouna était toujours là pour m’écouter. J’ai même reçu une aide financière lorsque mes enfants devaient prendre part aux examens. »

Et ses enfants ont su valoriser cette aide. Les encouragements et les conseils de maman ont porté leurs fruits ; ils sont devenus des enfants responsables et intègres. Maintenant, ce sont eux qui soutiennent maman. Conscients des efforts qu’elle a faits pour eux, ayant eu comme modèle une femme qui, malgré les difficultés a gagné sa vie honnêtement, ils étudient ; certains viennent aussi travailler au Domaine durant les vacances.

« Certaines personnes diront que mes enfants auraient pu, eux aussi tomber dans la drogue ou d’autres vices… Banla dir ki dilo swiv canal mais ce n’est pas vrai. J’ai des enfants formidables. J’ai tout fait pour eux et en retour eux aussi ont tout fait pour moi. Je me suis focalisée sur l’avenir. Au fil du temps, et en priant, j’ai compris que nos pensées ont des pouvoirs créatifs. Ce que nous pensons, nous créons. »

Ne plus attendre que le bonheur vienne vers elle mais créer ce bonheur. Ne pas s’apitoyer sur son sort mais avancer, avec courage et humilité. Lorsque les difficultés surviennent, voir comment elles peuvent nous rendre plus forte, plus compréhensive. La petite fille de 16 ans a beaucoup grandi ; cela a été tout un parcours. Et durant tout ce temps, elle a appris à respecter le parcours des autres. Chaque personne grandit à son propre rythme. Elle encourage toujours son mari toxicomane sans vraiment lui mettre la pression. Puis, finalement, il décide de changer.

« Linn dir mwa aster asse, li pu sanzer, monn dir li ‘guete toem’. Ce n’était pas à moi d’imposer. Oui c’était ce que nous voulions tous mais cela dépendait de lui, de sa volonté. Mais cette fois, il a tenu bon. Vous savez, à cette époque les enfants avaient grandi, ma fille ainée avait même commencé à travailler. Donc, il ne manquait que ça ; que mon mari change. Et c’est enfin arrivé. Finalement, il a trouvé la volonté, la prière l’a beaucoup aidé aussi. Aujourd’hui j’ai 54 ans et je suis heureuse, satisfaite. »

Le parcours a été long. Elle a beaucoup grandi, beaucoup appris et a finalement vu la lumière au bout du tunnel. Son histoire nous rappelle que sur notre ile, il y a tant d’épouses et de mères qui, avec intégrité et courage, font face à l'adversité. Des femmes ordinaires qui montrent que pour inspirer les autres, on n’a pas besoin de popularité ou de pouvoir. On a juste besoin d’un peu de persévérance et d’amour.

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